Je pousse la porte et très vite un courant frais caresse mes jambes, la lumière m’éblouit mais rapidement la vue s’adapte à ce changement. Au loin la brume cache les montagnes mais leur vue m’est si chère que j’avance jusqu’au bord de la terrassa. Comme chaque matin je m’accoude sur le rebord rugueux pour savourer ce court instant de solitude. Tout le monde est déjà réveillé mais après tout je suis en vacances, alors j’apprécie ce moment. Désormais l’horizon est un peu moins flou. La brume est toujours là mais je distingue tout de même les montagnes et l’olivier au bord du terrain juste avant ce petit vide. Cet arbre me rappelle constamment mon enfance comme les fleurs de ma grand-mère dans la cours juste en dessous de moi. Elles sentent si bon mais rien n’est plus doux que l’odeur des figues fraiches du potager, elles qui sont aussi sucrées que le miel et douces comme la peau d’un bébé. On en oublierait presque la situation du pays, mais le temps des rêves est fini et la brume ne peut pas tout dissimuler. Le bruit de a journée se fait entendre, les animaux s’agitent comme s’ils savaient ce qui se prépare. Le chien, le chat, les poules et les moutons font entendre leur voix. Les rires et les discussions de la famille, elles, se font plus discrètes. Je prends mon petit-déjeuner avec mon cousin. Un café au lait et des makrouts accompagnés de discussions. « Alors les études comment ça se passe ? », me demande-t-il.

-« Je suis admise à la Sorbonne, à Paris IV » puis il réplique.

-« Ho ! Moi j’ai eu Paris VIII ».

Ça me met en joie. Je me vois déjà lui montrer la capitale et mes amis. De plus je suis si fière qu’il ait réussi à avoir cette université en candidatant depuis l’Algérie. Mais lorsque je lui fais part de tout ça je vois son sourire perdre de son éclat et la joie qui m’enflammait tarit désormais.

-« Je ne pourrais pas y étudier on m’a refusé le visa. », voilà l’explication.

-« Et du coup tu vas faire quoi ? » Je lui pose cette question en espérant qu’il me réponde qu’il tenterait une deuxième fois ; mais non ce ne fut pas le cas.

-« Je vais chercher du travail, le problème c’est qu’ici il n’y a pas de reconnaissance de nos diplômes. Ma licence ne me sert pas. Je vais surement travailler dans un garage ».

De retour à Paris je ne vois plus la brume ni les montagnes. Mais en regardant les médias je me rends compte que la vue « des jeunes » comme ils disent n’est plus brumeuse mais ambitieuse. Leurs pas foulent les rues de la capitale. Le changement et la démocratie sont de mise mais ni violence ni débordement. A la différence des animaux mécontents ils n’aboient pas mais chantent. Cet ordre et ce calme me rassurent et m’apaisent presque autant que ce doux moment sur ma terrasse. Plus que de l’admiration devant un paysage, c’est de la fierté que j’éprouve face à ce peuple sage.

Rédactrice : Soraya Arkat

Illustratrice : Zoé De Almeida – Lê Hiêp