Mort à 2020 ! Cette année aura bien mis la Terre entière à l’épreuve avec ses rebondissements en tout genre. Ce 1 janvier, SLIM a décidé de vous parler de ce qui nous a aidé à traverser les obstacles, et surtout les confinements. En espérant que 2021 soit meilleure, et aussi belle en culture comme en découvertes.

Nos podcasts préférés

En voiture, dans mon bain ou en faisant la vaisselle, j’ai écouté 8 961 minutes de podcast en 2020. En tête de mon top Spotify, on trouve A bientôt de te revoir et le Floodcast, déjà très connus.   À travers ce retour sur mes écoutes de l’année, je préfère vous confier de vraies pépites qui méritent votre attention.

Injustices : Ou peut-être une nuit – Louie Media by Sarah 

J’ai découvert la série Injustices l’année dernière, à travers une série sur le sexisme et le harcèlement dans le monde journalistique. Cette année, Charlotte Pudlowski aborde la question de l’inceste dans Ou peut-être une nuit. La journaliste part du témoignage poignant de sa mère puis décortique plusieurs problématiques. Elle aborde la question du silence qui pèse sur les victimes mais également le fonctionnement du système politique et judiciaire. Une enquête sonore qui mérite qu’on lui accorde du temps.

Programme B – Binge Audio by Sarah

C’est le podcast d’actu par excellence. Chaque jour, Thomas Rozec se penche sur une question d’actualité pendant une vingtaine de minutes. Programme B amène ses auditeurs à se questionner sur divers sujets, mais offre également de nombreuses clés de compréhension. Je vous conseille particulièrement la série Désordres ordinaires. À travers sept épisodes, on suit la carrière et les nombreuses aventures de Philippe Pujol, faits-diversier pendant 11 ans pour le journal « La Marseillaise ».

Rends l’argent – Slate by Sarah

Avant l’écoute de ce podcast, je ne m’étais jamais réellement questionnée sur l’argent au sein du couple. Le sujet est délicat voire tabou et rarement au cœur des discussions familiales. La journaliste Titiou Lecoq part d’un constat personnel : en couple depuis 10 ans, deux enfants, un achat immobilier et aucune organisation financière. Des questions autour du compte commun à l’aspect sexiste de l’impôt, j’ai appris énormément de choses grâce à ce podcast. Les femmes sont souvent celles qui se retrouvent financièrement lésées, pour s’informer et se protéger d’éventuels problèmes.. Huit épisodes à écouter et à prendre en notes !

On est chez nous – Binge Audio by Sarah

Sophie-Marie Larrouy part à la rencontre de ceux qui ont des histoires à raconter un peu partout en France. Des personnes avec qui l’on a envie de discuter ou dont on aimerait écouter les histoires pendant des heures. Le secret, avec ce podcast, c’est de ne pas lire la description et de se laisser porter par les histoires insolites.

La page en scène – Hugo Deschamps by Sarah

Je manque cruellement de références pop culture. Heureusement, ce podcast pallie ma méconnaissance du sujet. Blade Runner ? Frankenstein ? La Page en Scène retrace l’histoire de grandes œuvres. On plonge dans les étapes de création d’une œuvre cinématographique en traversant les années. Les extraits sonores des films accompagnant les explications rendent l’écoute particulièrement immersive. Deux épisodes sont actuellement disponibles et la suite s’annonce prometteuse.

 

Nos livres préférés

 

 

La bande dessinée de Sapiens by Nina

 

Tirée du livre Sapiens, l’auteur Yuval Noah Harari et les spécialistes David Vandermeulen et Daniel Casanave nous livrent une explication particulièrement qualitative sur l’histoire de notre monde. Si l’épaisseur du livre peut effrayer, la bande dessinée, elle, ne peut que donner l’envie de se plonger dans les airs passés. À travers différents supports introduits tels que des extraits d’émissions, de jeux ou encore de procès où nous suivons l’enquête avec l’historien, nous avons une approche très pédagogique qui sait satisfaire du plus jeune au plus vieux lecteur. Parsemée de petites remarques sociales qui sont expliqués par des faits historiques et scientifiques, la bande dessinée Sapiens devrait être lu par tous pour son explication du monde qui nous entoure grâce à la base même de notre identité humaine.

 

 

Les anges s’habillent en caillera de Rachid Santaki by Gnamé

 

Si vous aimez les romans policiers, réalistes, poignants avec une touche de mystère, veuillez ouvrir Les anges s’habillent en caillera de Rachid Santaki.  

 

Plongez dans l’univers du crime et suivez Ilyes, le voleur de cartes le plus connu de Saint-Denis. Rencontrez Michael et Stéphane, deux hommes, flics officiellement, un peu gangster officieusement.   

 

C’est le récit d’une vie, de plusieurs vies, des histoires d’hommes et de femmes tiraillés entre le bien et le mal, souvent des anges habillés en caillera.

 

 

Le jour où Nina Simone a cessé de chanter, Darina al-Joundi et Mohamed Kacimi by Estelle

 

Après qu’on m’ait conseillé de lire ce livre pendant un an, je l’ai enfin commandé (d’occasion parce qu’ici on aime la seconde main). Une fois dans mes mains, seul le sommeil m’a forcée à le fermer. Plongée dans les rues de Beyrouth, j’ai suivi Darina al-Joundi de ses premiers souvenirs à sa vingtaine. Elle raconte, Mohamed Kacimi écrit. Sa vie, son éducation, son père qui lui parle de liberté, religieuse, sexuelle, politique, la liberté avec un grand L. Darina a le droit de tout découvrir, se laisse libre de conscience et de mouvements. Sous les bombes du Liban, c’est de trop. Et le rêve que son père lui a construit s’écrase avec les obus qui explosent avec la guerre civile. Prise par tous les excès, entre le sexe et la drogue, Darina al-Joundi raconte une histoire sombre et belle à la fois. Celle d’une jeune fille, d’une femme fragile et incroyablement forte qui défie la vie. Un récit féministe, une ôde à la liberté de la femme, à la liberté tout court. Qui vous prend aux tripes et qui ne les lâche pas jusqu’à la dernière ligne. En période de confinement, il vous donne envie de partir à la découverte du monde, mais d’abord de soi. Et ça, c’est le plus important.

 

Les années, Annie Ernaux by Estelle

 

Pas très 2020 non plus ce livre, mais il m’a plongée dans une époque qui faisait oublier le canapé dans lequel je m’enfonçais toute la journée. L’auteure nous parle à travers des photos et des souvenirs. Des tranches de vie qui se collent à nos cerveaux et nous décrochent des sourires, comme ça, de façon impromptue. C’est toute la vie qu’elle raconte, la sienne et celle de sa génération. De la Seconde Guerre à ce premier livre, publié en 2008, Annie Ernaux nous fait ressentir sa vision de ces années qui passent. Le monde qui l’entoure évolue, ses pensées avec, sa personnalité et ses désirs aussi. Ce suivi personnel est tout aussi collectif, le “je” n’est pas utilisé, et un public de vingt ans peut presque s’y retrouver. A notre tour de documenter nos années, et même 2020. Si on souhaite sa mort, elle nous a quand même un peu appris la vie.

Valentin Gendrot – Flic by Léni

Une couverture bleu, blanc, rouge. Un texte noir sur blanc. Une infiltration glaçante et des actes abjectes. Ne lisez pas ce livre pour vous divertir, lisez-le pour voir ce que vous ne verrez jamais. Après la lecture des enquêtes de Florence Aubenas, on ne peut qu’être exigeant qu’en à la qualité du travail fourni lors d’immersions journalistiques. Le pari de Valentin Gendrot est réussi. La rage, l’amertume et le dégoût sont là, dommage qu’il s’agisse de mots pour qualifier les actes d’une police qui défaille.
Flic n’est pas un livre anti-flic, c’est le livre d’un flic. Un flic mal préparé, inexpérimenté, déboussolé face à ses collègues sans moyens et sans limites. Certains chapitres nous font oublier le journaliste en infiltration, il ne reste que l’adjoint de sécurité du 19e arrondissement de Paris. Ce livre ne fait pas trembler la Police, elle tremble déjà, elle est malade d’une infection qui ne dit pas son nom. Valentin Gendrot nous plonge dans cette maladie dont les symptômes marquent les visages, les corps et les vies. Si l’auteur a infiltré la Police, elle s’est aussi infiltrée en lui. Flic c’est une claque dans la gueule et non une qualification qui permet d’en mettre sans raison.

 

Nos albums préférés

 

El Último Tour Del Mundo de Bad Bunny (novembre 2020) by Allison

 

Pas de tour du monde en 80 jours pour Benito, il est bien plus efficace que cela : un album, 16 morceaux et 47 minutes pour te faire voyager depuis chez toi, qui dit mieux ?

 

Album imaginé pendant le confinement comme une vision fantasmée d’une réalité sans Covid-19, Bad Bunny nous emporte avec passion dans son « dernier tour du monde ». Et parce que sa « musique n’a pas de limites », il nous a confectionné un album évidemment reggaetón et trap latino, le tout saupoudré d’influences rock et indie. Avec le titre « d’artiste le plus streamé de l’année » sur Spotify, et deux albums sortis en un an, 2020 n’aura donc pas arrêté la tornade portoricaine… Et ce, pour notre plus grand plaisir.

 

Que tu aies envie de te souvenir avec mélancolie d’une rencontre passionnelle qui n’aurait pu durer (La Noche de Anoche, featuring Rosalía) ou t’imaginer lors d’une soirée plage en train de faire la mala (Dákiti), Bad Bunny aura forcément de quoi adoucir ton passage à la nouvelle année. 

 

Jour Avant Caviar de Meryl (février 2020) by Allison

 

Meryl ou la révélation artistique de 2020. Pour autant, elle n’est pas complètement inconnue, puisqu’elle travaillait dans l’ombre en tant que toplineuse pour des artistes tels que Niska, Shay, SCH ou encore Soprano. Avec cette première mixtape, Meryl débarque dans le paysage musical francophone, « comme une rafale de balle de M16 sur le terrain ».

 

Grâce à la variété de ses influences musicales (dancehall, hip-hop, zouk, trap…), son parler à mi-chemin entre français et créole, Meryl maintient la cadence et nous sert un album à écouter et réécouter, encore et encore, sans jamais se lasser.

 

Comme l’indique le titre de l’album et l’ambiance au fil de ses 12 morceaux, Meryl a la rage de vaincre et de s’imposer. Venue accomplir ses rêves, nul ne la stoppera.

 

Mon supplément top 1 : Coucou. Parce que tu ne peux pas décemment écouter ce son et ne pas te sentir prête à conquérir le monde. Provocateur, puissant et assuré : la recette parfaite pour créer un hymne de soirée.

 

 After Hours de The Weeknd (mars 2020) by Allison

 

Là, on est clairement sur un sans-faute. Est-ce étonnant de la part de The Weeknd ? Non. Comment fait-il pour créer des tubes aussi envoûtants ? Le talent, la sorcellerie ? On ne le saura jamais. 

 

Trêve de blagues et de questionnements, voici ma recommandation purement objective sur son album…

 

14 titres qui nous font osciller entre passion et noirceur. « After Hours » met en scène les regrets, dépendances et autres vices qui consument l’artiste et auxquels il semble soumis de manière inexorable. Les morceaux sont de purs chefs-d’œuvre, les clips le sont tout autant. L’esthétique a été choisie avec une précision quasi-chirurgicale : un personnage en costume rouge, des récits ensanglantés, un univers truffé de symboles et de références cinématographiques ou encore une plongée dans la ville du péché.

 

Si les Grammys ont décidé de snober cet album, les records battus par ce dernier témoignent – comme il se doit – du succès rencontré auprès du public.

 

Et petit conseil : ne te laisse pas tenter par certains morceaux pour rappeler ton ex toxique… Ces histoires ne sont sympas que dans les sons d’Abel Tesfaye.

 

 

Power Up d’AC/DC by Léni

 

Les Australiens ont raccroché pour un dix-septième album. Quatre ans après Rock or Bust, le groupe propose douze titres dans ce nouvel album en forme d’hommage. Power Up, c’est de prime abord ce vieux pack de Stella dans le fond du Franprix. Il a toujours été là, il le restera longtemps mais le jour où il sera acheté, il procura joie et plaisir à son heureux propriétaire. Le groupe a perdu Malcolm Young en 2017, le guitariste rythmique du groupe. Cet album lui est dédié. Les connaisseurs auront remarqué une franche parenté avec l’album Black Ice sorti en 2008, les titres de Power Up ont été écrits à la même époque, du vivant de Malcolm Young.

 

Posez-vous dans votre Chesterfield déchiré, montez le son et décapsulez votre bière, le courant a été rétabli, AC/DC est revenu. Il aura fallu 4 ans mais qu’est-ce que c’est bon de se rendre compte que cette légende du rock n’est pas morte. Le groupe avait frappé fort avec le single Shot in the Dark sorti avant l’album. Une batterie puissante, une voix électrisante et la folie d’Angus Young sont au rendez-vous. On peut écouter l’album en boucle, il réveille bien le matin, il invite au voyage en vieille américaine. Alternatif ou continu, vous choisirez le courant qui vous électrise. J’ai fait mon choix. Power Up !

 

 

La Menace Fantôme – LMF de Freeze Corleone by Gnamé

 

Vous avez sûrement entendu parler de Freeze Corleone aka Chen Zen, Philippe Lin ou encore Prof Chen, en bien ou en mal.  

 

Ce rappeur français est en activité depuis une dizaine d’années déjà. Il avait déjà fait parler de lui auprès des aficionados de rap français mais il a été révélé au grand public en 2020. Il a marqué le coup avec son album La Menace Fantôme (LMF), un album qui a créé une énorme polémique, à en faire réagir le ministre de l’Intérieur.  

 

On retiendra trois titres assez marquants. Commençons par le commencement. On entre directement dans le vif du sujet et on sent la menace fantôme planer avec une association parfaite de la forme et du fond dans Freeze Raël, premier morceau de l’album et intro digne de ce nom 

 

Connectez-vous ensuite pour découvrir Hors-ligne ou les magouilles du Chen dans l’ombre, pendant ses nuits d’insomnie… 

 

Finissez en beauté avec Chen Laden, ultime morceau du projet et considéré comme un des meilleurs de l’album, un son égotrip puissant qui conclut avec une instru retentissante et un titre provocateur  

 

Freeze Corleone n’est pas là pour plaisanter, le rap game il y a sa place, quoi qu’il arrive Chen Zen aka TVA prendra sa part du gâteau.

 

Alors, entre dans la salle de classe et laisse Prof Chen t’expliquer la leçon…

 

Nos films préférés

Le Magnifique, Philippe de Broca by Estelle

Comme pour beaucoup, Netflix a été un allié certain pendant les confinements. Si la plateforme reste très novatrice dans ses créations originales (plus de 40 nouvelles séries en 2020), elle nous replonge aussi dans les classiques. Avec une belle filmographie de Jean-Paul Belmondo par exemple. Muse de Philippe de Broca dans les années 1960, l’acteur mythique réalise son rêve de devenir clown dans Le Magnifique. Dans cette comédie surréaliste de l’espion aux gros muscles et au charme viril à la OSS 117, Bébel est génial. Il est le gros dur, mais aussi le pauvre écrivain sans goût pour la vie, qui se rêve à la place de son héros, Bob Saint-Clar. C’est grâce à sa voisine, jeune américaine étudiante en sociologie qui le prend pour sujet d’étude, qu’il va se dépoussiérer. Le réalisateur passe de la réalité à la fiction avec une facilité étonnante, et happe le public de la même manière. Coloré et drôle, sa légèreté pousse tout de même à la réflexion sur la création littéraire. Le seul hic sera l’humiliation de Jacqueline Bisset à la fin, dont le personnage subit les humeurs de François Merlin. Sinon, le duo brille de son comique pendant deux heures et ça fait plaisir. 

Le cas Richard Jewell, Clint Eastwood by Nina

Avant que nos chères salles de cinéma ferment pour une durée indéterminée, une série de très bons films étaient à l’affiche pour notre plus grand bonheur. Parmi eux, Le Cas Richard Jewell qui retrace l’histoire de cet homme à la vie banale, accusé d’avoir commis un acte terroriste. Réalisé par le grand Clint Eastwood, nous sommes tourmentés tout au long de l’œuvre entre une attache pour le personnage qui rêve d’être un héros et les accusations qui nous interrogent sur notre propre construction de l’idée d’un homme “dérangé”. Vieux garçon qui rêve de reconnaissance, le complexe qu’il éprouve nous renvoie à la question des limites que nous nous fixons et de notre manière d’établir notre ligne de conduite. Nous vous conseillons donc vivement ce film qui, par son caractère de reconstruction historique et psychologique, nous pousse à interroger notre propre conception du bien et du mal avec laquelle nous dealons toute notre vie.  

Rocks, Sarah Gavron by Nina

 Rocks, c’est une jeune adolescente qui vient des quartiers de Londres. Son père n’est pas dans le cadre et sa maman en fera de même dès le début de l’histoire. Son seul moteur dans la vie est la petite canaille de 7 ans qu’est son petit frère. Obligée de se débrouiller seule, Rocks tente de le protéger des services sociaux et essaye du mieux qu’elle peut de protéger le quotidien de l’enfant. Si ce film est bien évidemment une dénonciation de la réalité sociale dans laquelle beaucoup trop de personnes sont, c’est surtout une leçon que nous donne la réalisatrice. En dessinant le profil d’une jeune femme courageuse parce qu’elle n’a jamais eu l’occasion de ne pas l’être, elle nous pousse à prendre conscience de la chance que nous avons pour beaucoup. Et même si nous ne choisissons pas où nous naissons, nous choisissons la manière dont nous voulons diriger notre vie, ceci passant notamment par la famille que nous choisissons: les amis. En effet, si jusqu’ici notre description dépeint un film qui semble seulement dur et triste, il est en réalité vivant et fort puisque la place prédominante de l’amitié dans la vie de Rocks nous bouleverse et nous fait relativiser sur de très nombreuses choses.

Rédacteur/trices : Sarah, Estelle, Gnamé, Allison, Léni & Nina