Du haut de ses 17 ans Antoine Aoudé a déjà tout d’un grand. Investi depuis quelques années au sein de l’association Offrejoie, ce jeune libanais est rapidement devenu chef d’équipe. Un engagement associatif d’autant plus important pour lui depuis la double explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020.

Offrejoie, une affaire de famille

Antoine a en quelque sorte toujours connu l’association Offrejoie. Tout d’abord car ses parents avant lui étaient bénévoles de longue date. Ensuite, parce que l’association est présente au Liban depuis 1985.

Créée en pleine guerre civile, l’ambition était de recréer une unité nationale, rapprocher les Libanais, transcender leurs différences pour en faire une richesse. Ce qui était d’ailleurs central, c’était la protection des enfants : qu’ils ne subissent pas la guerre. A l’origine, Offrejoie proposait donc des colonies de vacances gratuites pour permettre aux enfants de tous les milieux de se retrouver, sans regard des conflits qui faisaient rage au sein de la société libanaise.

L’association s’appuie sur les principes de diversité et de connaissance de l’autre. Des volontaires de nationalités différentes, des Libanais issus des quatre coins du pays et qui viennent au sein d’Offrejoie pour déconstruire leurs préjugés en apprenant à mieux connaître les spécificités de leur pays : les différences comme richesse nationale.

En ce sens, Offrejoie lance souvent des projets d’unification et de réconciliation. Par exemple, l’association a organisé à l’occasion du ramadan1 , des ftour pour aller à la rencontre des communautés musulmanes du pays – très divisées entre elles.

Antoine, chef d’équipe pour Offrejoie

Le jeune homme travaille toute la semaine bénévolement pour Offrejoie. Un engagement intensifié depuis la double explosion ayant eu lieu le 4 août dernier.

Au poste de chef d’équipe, Antoine est chargé d’encadrer un groupe de bénévoles pour s’assurer de la bonne évolution des missions. Sa journée type commence dès 9 heures et se termine aux alentours de 16 heures. Assigné à la supervision d’une rue, il travaille en étroite collaboration avec les chefs de chantier et les ouvriers. Ces derniers mois, les équipes ont été chargées d’évacuer les gravats pour ensuite permettre la reconstruction des bâtiments.

Dans son sillage, Offrejoie est également à l’origine de distributions alimentaires ou d’aides multiples auprès des publics. De quoi remplir les journées de bénévoles tel qu’Antoine.

Le 4 août 2020 : énième traumatisme pour la société libanaise

Cette double explosion a été perçue par beaucoup comme le coup fatal asséné à un Liban déjà bien amoché par des années de crises multiples : économique, sociale et sanitaire. Comme l’a souligné Antoine avec son histoire familiale, certains libanais ont eu l’impression de revivre les années de guerre du pays lorsque le bruit des explosions a retenti.

Pour lui, ce 4 août 2020 a été l’élément déclencheur pour s’investir à fond dans l’association Offrejoie et aider son pays à se remettre sur pied.

Lorsqu’il a découvert l’étendue des dégâts, Antoine a eu du mal à envisager la suite : « ça ne va jamais se réparer ». Mais c’était sans compter sur la solidarité dont ont fait preuve les Libanais. Il dit avoir retrouvé espoir en assistant à la mobilisation de la population dans les rues. Les habitants se sont organisés spontanément pour déblayer des monceaux de gravats. Antoine l’assure, sans cette solidarité, le début de la reconstruction aurait été bien plus long.

Volontiers optimiste mais sans oublier d’être pragmatique, Antoine est conscient que le travail s’annonce encore long et que la seule action d’Offrejoie ne sera pas suffisante : « C’est incroyable qu’on arrive à le faire mais c’est une goutte dans l’océan de destruction… »

Il lui tenait également à cœur de dénoncer une certaine désorganisation au sein d’associations créées après le 4 août qui, pleines de bonne volonté n’étaient pas du tout préparées à la réalité du terrain. Elles ont par exemple reçu beaucoup de dons qu’elles n’arrivent pas à exploiter (ou mal) par faute d’expérience. Selon Antoine, ces investissements pourraient être mieux contrôlés si les donateurs demandaient des audits pour veiller à l’utilisation cadrée et ciblée des fonds versés.

Quelques précisions lexicales

1 : Mois saint pour les musulmans, marqué par leur jeûne

2 : Repas du soir consommé au coucher du soleil lors du mois de ramadan

Pour aider l’association Offrejoie, rendez vous sur https://offrejoie.org/fr/nous-connaitre/

Rédactrice: Allison Zarouri

Crédits photo : Les bénévoles: Florient Zwein & Anwar AMRO: AFP