Réalisation: Steven Soderbergh

Acteurs principaux: Matt Damon, Kate Winslet, Marion Cotillard, Gwyneth Paltrow

Neuf ans séparent la fiction de la future réalité. En 2011, les braises de l’épidémie de grippe H1N1 venue du Mexique sont encore chaudes. Mais son impact est sans commune mesure avec les ravages et la folie meurtrière de la Covid 19 de 2020. Steven Soderbergh mériterait, rien que pour cette prescience, l’Oscar du meilleur visionnaire. Tout y est : la progression lente puis exponentielle du virus, l’omerta des pouvoirs publics pour ne pas apeurer la population, les réunions de crise à l’OMS et dans les agences de santé, la ruée sur les grandes surfaces, les masques, et la course contre la montre pour tenter de trouver un vaccin. La dignité du deuil, le temps de la tristesse et les sanglots qui l’accompagnent, laissent place à une paranoïa, une mysophobie, et une tension psychologique nettement plus éprouvante. Dans les habits du survivant déboussolé, Mitch Emhoff (Matt Damon) illustre l’émoi général d’une population submergée par l’incompréhension, qui prend la solitude et l’éloignement des autres comme seuls compagnons. Suppliciés du virus, sa femme Beth (Gwyneth Paltrow) et leur fils Clark insuffleront chez lui la rage de vaincre nécessaire dans un combat acharné pour préserver les derniers Emhoff. L’origine du virus ne sera dévoilée que lors des dernières secondes du film. Une leçon de vie, un pied de nez à la supériorité supposée de l’Homme. Il met l’accent sur ses vulnérabilités face au péril sanitaire, le caractère faillible de sa rémanence, qui ne tient qu’à ses cerveaux en blouse blanche, seules bouées de sauvetage dans cet océan de miasmes et de fragilité. Avec ‘Contagion’, c’est un hommage des plus haletants qui leur est rendu.

Rédacteur: Khélian Yousfi