Réalisateur: Héctor Babenco

Acteurs principaux: Jack Nicholson, Meryl Streep, Tom Waits

En littérature, ce serait du Zola. En nous immergeant dans le morne quotidien de SDF sans avenir, au lourd passé, Héctor Babenco opère un gros plan réaliste sur la face obscure de l’Amérique, ces derniers de cordée laissés sur le carreau, destiné à faire pleurer dans les chaumières. Et ça marche ! Le pathos est à son zénith et le misérabilisme se taille une place immense. Jack Nicholson (Francis) au premier plan, Meryl Streep (Helen) à ses côtés, forment ce couple essoré, réuni par la rue, le déclin et la pauvreté. Dans la banlieue viciée d’Albany, tout leur est hostile : le froid, la faim, l’impécuniosité, la soif, la maladie. De passage comme autant d’instantanés dans la vie de Francis, Helen campe avec beaucoup de justesse la caricature d’une clocharde crépusculaire, rongée par l’alcool, et qui n’a que sa voix pour atout. Partis écumer les bars, églises et masures délabrées, c’est une pérégrination sans savoir où aller qui se joue tout au long du film. Mais la misère et le décor qui la rend tangible, n’est que la toile de fond d’une histoire encore plus douloureuse et inavouable. Après avoir causé la chute meurtrière de son fils, de treize jours seulement, Francis sombre dans le délire et tue encore. Accidentellement. Depuis, il est sans cesse poursuivi par le souvenir de ses victimes. L’épilogue ne fait qu’ouvrir sur la suite de l’hécatombe. Ainsi va ‘Ironweed’ : chronique du désarroi social, pied de nez au rêve américain. Le long-métrage est l’héritier direct de ces drames larmoyants qui noient les destins individuels dans une fatalité collective.

Rédacteur: Khélian Yousfi