Réalisation: Björn Runge

Acteurs principaux: Glenn Close, Jonathan Pryce

Pendant des années, elle a posé les mots sur des pans de son histoire, travaillé et retravaillé ses récits qui sont devenus des chefs-d’œuvre. Il lui doit tout, ou presque : sa première publication, ses premiers succès et son estime par la profession. Alors, lorsqu’il reçoit un matin le coup de fil de sa vie, lui annonçant son sacre comme Prix Nobel de Littérature, un débat émerge quant au réel mérite de cette distinction. “The Wife” est une histoire de soumission, d’imposture et de figuration. Joan (Glenn Close, magnifique) en bonne épouse docile et aimante, accompagne son mari jusqu’à Stockholm pour récupérer le précieux sésame, avec les mondanités et le faste de l’académie Nobel qui l’accompagnent. En first lady transparente, princesse consort effacée, potiche de circonstances, Joan d’un naturel timide, qui abhorre la lumière, ne supporte pas pour autant de se voir retirer les honneurs par l’écrivain apocryphe, son ancien professeur de lettres qu’elle épousa trente ans plus tôt. Seuls ses problèmes cardiaques et la naissance de leur premier petit fils semble maintenir Joan dans le cercle conjugal. L’épilogue, tragique, permettra de remettre en doute ses a priori sur son mari volage. Si le style venait en partie d’elle, aurait-il pu être édité sans l’inspiration et le vécu de Joseph Atterman ? L’amour du littérateur a-t-il devancé la passion charnelle pour l’homme ? Travail d’équipe ou appropriation du labeur d’autrui ? Ce sont là toutes les armes du film : interrogations et litotes. Pour Joan, implacablement, ces questions minées lui sautent à la figure. 

Rédacteur : Khélian Yousfi