Selon le rapport annuel de la Fondation Abbé-Pierre, le nombre de sans-abris au début de l’année 2020 n’a pas faibli en France. Bien au contraire, les grandes villes polarisent ces SDF (sans-domicile fixe) qui échouent dans les rues, les places ou les jardins. En novembre 2020, un rapport de cette même fondation estime qu’en France 300.000 personnes vivent à la rue.

Une place pour vivre

La place Philippe-Lebon dans le cœur de Lille ne déroge pas à ce constat. Un sans-abri que nous appellerons Marc vit ici, à l’angle d’une des neuf rues qui encadrent cette place. Il est ici chez lui, devant le Carrefour Express de la rue Valmy. Son quotidien est encadré par les murs de briques et de pierres blanches de la place. Il côtoie les passants masqués, les cyclistes pressés. Marc vit dans ce bruit de circulation où se mêlent les accélérations des voitures, les klaxons et les sonnettes des vélos. Une couverture jonche l’un des trois îlots de verdures que comptent le square. Il doit parfois s’y installer sous les hêtres qui perdent leurs feuilles en cette fin d’été. L’herbe est sèche et peu accueillante, il y préfère la chaleur du bitume et celle de son chien.

Au sud de cette place, son regard croise une église en calcaire grisée par la pollution. Elle vient briser la canopée et la monotonie des commerces tantôt cafés, brasseries, tantôt banques et assurances. Sa mine noircie, son sweat-shirt souillé détonnent avec la façade de l’ancienne faculté de médecine et de pharmacie à l’est du square. Faite de pourpre, de blanc et d’or, cette façade rappelle le prestige d’autrefois d’une place animée par les étudiants lillois.

Une place pour exister

A la chaleur du soleil couchant, Marc fait partie du décor de cette place qui s’endort au crépuscule. Le flot de circulation s’accélère sur la rue Solférino.  Des voitures, des vélos, un camion de pompiers passent. Marc est là, en face du Carrefour Express comme figé dans cet espace urbain fait de pierres, de briques et de goudron. Les rares moments de répit sont entrecoupés par le bruissement des feuilles.

Il est 17h, Louis Pasteur du haut de sa stèle à côté des hêtres surveille l’espace, comme le fait Marc sur le bord de son trottoir, devant la supérette qui se remplit d’étudiants sortant des grandes écoles aux alentours*. Il est là, souriant, attendant un « bonjour ». Parfois, quelqu’un s’arrête, on lui donne une pièce et on entend un « Merci mec ! ».

*Ce récit a été écrit avant les mesures de confinement.

Rédacteur : Léni Flouvat

Illustration : @brouchka