Banlieusard Nouveau : “Un Banlieusard Nouveau c’est quelqu’un qui a grandi dans un quartier populaire mais est capable de prendre du recul pour essayer d’apporter des solutions sur sa condition et celles des autres.”

Qui a dit qu’il était impossible pour un banlieusard de s’en sortir ? Amad, entrepreneur gennevillois présente Banlieusard Nouveau, média avant-gardiste. Un shot d’inspiration et de motivation pour se ressourcer en ces temps confinés.

Tu peux te présenter rapidement ainsi que le projet Banlieusard Nouveau ?

Banlieusard Nouveau, c’est un média 2.0. J’utilise les nouveaux codes : Instagram et les différents réseaux sociaux.  J’essaye de changer par rapport au média traditionnels, de proposer des contenus adaptés aux réseaux sociaux, des contenus qui soient plus ludiques, sur Instagram par exemple je propose des formats vidéo, Reels, IGTV, etc. J’essaye d’utiliser le moins de texte possible. C’est la génération Z, on lit moins qu’avant. Je fais la promotion de la réussite dans les quartiers populaires. Je partage des vidéos, des citations, du contenu culturel inspirant.

Quand et d’où t’es venu l’idée de créer Banlieusard Nouveau ? Qu’est ce qui t’as poussé à monter ce projet ? Est-ce que le confinement a été l’évènement déclencheur de tout ça ?

L’idée, ça fait plus d’un an que je l’ai. D’ailleurs le média vient tout juste d’avoir un an. C’est une succession de différents évènements. Je regarde beaucoup de vidéos. Chez Brut par exemple, il y avait beaucoup d’interview de personnes qui me ressemblaient. Ça a eu un effet positif sur moi, c’était inspirant. On ne trouve pas ce genre de vidéos à la demande.

Le déclic, je l’ai eu pendant une discussion avec les petits de mon quartier, On faisait un débat. Je suis souvent en désaccord avec eux dans les débats. Ce jour-là, je leur avais posé cette question-là “Pourquoi vous travaillez pas ?” J’ai constaté qu’il y avait plusieurs réponses différentes. Il y avait ceux qui n’étaient pas intéressés, ce qui ne savait pas ce qu’il voulait faire… D’autre ont un idéal, qu’il jugeait inaccessible.

Le problème, c’est le manque de connaissance et le blocage psychologique. Je sais qu’il y a des difficultés pour accéder à certaines choses mais c’est pas impossible.

On entend souvent ce discours du jeune de quartier qui ne peut pas faire certaines choses. C’est difficile mais pas impossible. C’est pour ça que je partage du contenu qui va dans le sens. Je veux les booster.

Le choix du nom, il s’est fait comment ? C’est quoi un banlieusard nouveau et c’est quoi la mentalité Banlieusard Nouveau ? Tu as une devise ?

Je voulais avoir un nom qui fait “jeune” et qui appartient au langage populaire. Ça me parlait, j’aimais bien. Le mot “nouveau” est polysémique. : Nouveau pour désigner les nouveaux banlieusards, c’est-à-dire qu’on montre que l’on rompt avec l’ancienne vision de la banlieue (la mauvaise) et j’ai ajouté le suffixe “ard”, qui est péjoratif à la base et du coup pour rompre avec cette mauvaise vision j’ai rajouté nouveau derrière.

Être un Banlieusard Nouveau, c’est un état d’esprit. C’est pas forcement quelqu’un qui a réussi sa vie ou quoi, ça se joue dans la tête, au niveau de son état d’esprit. Un Banlieusard Nouveau c’est quelqu’un qui a grandi dans un quartier populaire mais est capable de prendre du recul pour essayer d’apporter des solutions sur sa condition et celles des autres.

La devise est connue et je l’ai juste reprise, c’est le “Par nous, pour nous”.  Nous sommes les premiers concernés

On est dans banlieusards mais pas que. Pour moi, un habitant de la Goutte d’or (quartier du XVIIIème arrondissement de Paris, ndlr) c’est un banlieusard. On a les mêmes problématiques dans le même environnement. On est les mieux placés pour savoir ce qui nous manque et ce qu’il nous faut. Sinon, c’est pas dans le thème et c’est pas pertinent. La solution doit venir de nous.

C’est quoi le but de Banlieusard Nouveau ? De quelle manière tu comptes faire bouger les choses ?

Banlieusard Nouveau, c’est la première étape d’un grand projet. Créer un média, c’est un grand projet.

La culture permet d’atteindre les gens et d’être remarqué. Il faut produire la culture

Une grosse partie de la puissance des Etats-Unis est basé sur la culture : le cinéma, Hollywood, le soft power. Il faut convaincre les gens sur l’aspect culture.

Avoir un media et produire du contenu, c’est une première étape.

La seconde étape, c’est la création d’une communauté, un réseau de personnes issues de quartiers pour aider les plus jeunes, basé sur un espèce de mentorat.

Les réseaux sociaux permettent-ils aujourd’hui de mieux sensibiliser les gens et en particulier les jeunes ?

Oui. Clairement. S’il y a un endroit où il y a le plus de jeunes aujourd’hui, c’est internet. On regarde plus trop la télé.

Déjà moi, je suis né en 1993, je regarde plus la télé. Je n’ose même pas imaginer ceux de maintenant. Mes petits frères passent la journée sur Youtube,  Instagram, Tiktok, etc.

Si on veut faire passer un message aujourd’hui, je pense que c’est pas sur France 2 qu’il faut le faire.

Pour l’instant, le projet est-il seulement sur Instagram ? Est-ce une association déclarée ? Comment traduire cet engagement dans la vie de tous les jours ?

Non, on a pas de structure pour le moment. C’est dans mes projets. On est sur Facebook aussi.

Pour produire du contenu je suis pas totalement seul, je bosse avec mes deux potes. J’essaye d’apporter quelque chose de nouveau, avec un point de vue différent, avec un autre prisme. Il y a pas longtemps, j’ai parlé de Scarface (film de Brian de Palma, sorti en 1993, ndlr). N’importe qui dans le quartier va te le décrire comme un bête de film.  Despo Rutti quand il dit “Décollez les posters de Scarface” (extrait du morceau “Arrêtez” de Despo Rutti, sorti en 2006, ndlr), c’est parce que c’est une mauvaise influence. Un petit de 14-15 ans n’a pas le même recul qu’un adulte pour appréhender le film. Autour de moi quand je parle avec des petits de mon quartier etc.. Je leur dis d’arrêter ce qu’ils font de mal. Je leur apporte mon point de vue. On est très souvent en désaccord.

As-tu l’impression que la situation dans les banlieues et quartiers populaires a évolué au cours des dernières années ?

Si on prend une période de 5 -10 ans, je sais pas s’il y a eu une évolution mais ils (l’Etat, les gouvernements locaux, ndlr) essayent des choses, il faut être honnête même si ce ne sont pas forcément les bonnes solutions.

Les plus petits maintenant ont tendance à basculer facilement dans le mal mais ils ont beaucoup plus de moyens que nous. À Gennevilliers ça a pas mal changé. Rien qu’au niveau de la vie de quartier. Il y a eu des bâtiments qui ont été détruits mais aussi des centres socioculturels construits, des activités pour faire sortir les jeunes un peu plus. Des choses qu’il n’y avait pas avant.

Qu’est-ce que tu penses des artistes (chanteurs, rappeurs ou autres) qui aux yeux de l’opinion public représentent les banlieues et quartiers populaires ? Sont-ils assez engagé ? Pas du tout ? Tu n’es pas obligé de citer de noms.

Chaque artiste est différent. Ça dépend. Ceux qui s’engage le sont à leur manière.

Kery James par exemple, il parle de certains sujets on peut être d’accord ou pas, mais il le fait.

Il y en a qui ne font pas passer de message mais j’aime ça quand même.

Koba LaD, il est pas engagé mais j’écoute pas pour ça donc ça me dérange pas.

Ça dépend de ce que tu recherches dans la musique.

Quel conseil donnerais-tu à des personnes issues de ces milieux-là qui voudrait chacune à leur échelle faire bouger les choses au niveau local ou même à un niveau supérieur ?

Déjà, essayer de trouver des personnes qui pensent de la même. On peut assez vite se sentir seul. Dans mon quartier, quand on fait des débats, il y a pratiquement personne qui est du même avis que moi. Des fois, ils sont 10-15 contre moi. Mais moi, je suis têtu… Il faut essayer de réfléchir, voir quels sont les premières choses qui pourraient être mise en place. Une fois que je me suis engagé je sais que je peux plus revenir en arrière. On peut pas  attendre demain ou attendre de faire un peu mieux, on peut s’améliorer en faisant les choses petit à petit.

Mes premiers posts Instagram, ils ont rien à voir avec ceux de maintenant, je me suis amélioré. Si j’avais attendu d’avoir le niveau pour savoir faire des montages vidéo et photo j’aurais perdu plus d’un an. J’ai commencé à y toucher un peu c’est pour ça que j’en suis là.

Il faut trouver des personnes qui te tirent vers le haut et agir. Ils peuvent faire partie d’autres horizons. Peu importe le milieu. On veut pas être qu’entre nous, le but c’est qu’à partir du moment ou t’as une bonne intention et que tu veux aider c’est ok. Tout seul, on ne fait rien. Il faut des regards extérieurs sur sa condition, ça peut aider à avoir d’autre solutions. Il faut être humble.

Tu as d’autres initiatives dans le même esprit que BN à recommander ?

Des comptes comme Plumebanlieue, ils sont spécialisés écriture, art, etc.… ou Echobanlieues

Après ces comptes-là, ils travaillent plus le côté artistique. Ça veut dire qu’il faut pas prendre au premier degré toutes les publications ou on va voir des jeunes avec des armes etc., C’est dans la même veine que La Haine (film de Mathieu Kassovitz, sorti en 1995, ndlr).

Il y a Calciumtv aussi. Ils sont pas spécialement focus banlieues mais il en reprenne les codes.

C’est vrai qu’aujourd’hui il y a certains médias plus traditionnels qui essayent de reprendre ces codes mais je le capte.

Un mot pour ceux qui suivent Banlieusard Nouveau ?

Restez branchés ! A suivre ! On va continuer sur d’autres concepts plus intéressants, produire un maximum de vidéos. On a pas de temps à perdre. La lecture c’est pas pour tout le monde, je sais qu’il y a des gens qui snobent ça.

L’interview a été réalisé le 18 novembre 2020.

Rédactrice : Gnamé DIARRA

Intervenant : @banlieusard_nouveau