Bien que moins touchés par les conséquences physiques du coronavirus, les souffrances mentales des 18-24 ans sont considérables. Depuis le premier confinement, l’isolement met en lumière un mal-être préexistant chez les jeunes Français.

Alors que le second confinement touche à sa fin, les témoignages faisant état de la détresse psychologique des jeunes se multiplient. Hors Covid-19, la santé mentale des jeunes est déjà fragile. La transition entre l’adolescence et l’âge adulte et l’entrée dans le monde professionnel sont des vecteurs d’insécurité. Mais comme l’a reconnu le ministre de la Santé Olivier Véran récemment, une augmentation des “symptômes dépressifs” a été observée ces dernières semaines, et ce, notamment chez les jeunes de 18-24 ans.

Nombreux sont les facteurs de cette détresse. Roman Malo, psychologue nantais et doctorant en psychologie clinique, le rappelle : le confinement et la crise sanitaire sont des “catalyseurs” des problématiques psychiques déjà existantes chez les jeunes. C’est une population à risque. Et l’absence de lien avec l’autre pèse beaucoup. À un âge de construction identitaire où le relationnel est très important, cette absence devient une source de souffrances. 

Quand on se construit on a besoin de l’autre, de son regard et d’autant plus dans une société interconnectée, où le lien à l’autre est devenu capital. On est aussi dans une situation très paradoxale où on est à la fois tous hyperconnectés et quand un phénomène extérieur comme le confinement nous isole, on se rend compte qu’on a toujours été isolé. On n’a jamais été aussi connecté pour aussi peu se rencontrer réellement”. 

Outre l’isolement, la précarité financière et le manque de visibilité professionnelle provoquent également des troubles anxieux majeurs. Les jeunes sont en ligne de mire : 21,8 % d’entre eux sont touchés par le chômage au troisième trimestre 2020. 

Plusieurs obstacles viennent s’ajouter à ce phénomène. D’abord, le coût d’une thérapie est très élevé, entre 40 et 60 euros en moyenne pour une consultation. La Sécurité sociale ne prend pas en charge les consultations de psychologie et toutes les mutuelles ne sont pas dotées d’un forfait dédié. Un budget étudiant ne peut pas prioriser cette dépense. 

Dédiaboliser la thérapie

À cela s’ajoute la volonté pour certains d’aller mieux tout seul, de voir la thérapie comme une manière de s’avouer vaincu, de montrer sa faiblesse. Prendre au sérieux sa santé psychique semble difficile à l’heure où la santé physique a le monopole de notre intérêt. Pour Roman Malo, c’est aussi une responsabilité que doivent porter les professionnels de la santé mentale. Le domaine du psychique est peu transparent et peut parfois sembler mystérieux. Le psychologue soutient que les professionnels doivent faire preuve de plus de pédagogie quant aux méthodes et stratégies qu’ils mènent. Il existe diverses thérapies, et le cliché de l’introspection sur un divan est à oublier. 

 D’un point de vue plus concret, il y a bien sûr des actes à privilégier au quotidien : prendre l’air, séparer son espace de travail de son espace de repos (si le logement le permet) et avoir une routine régulière. Le psychologue, lui, défend plutôt l’idée de trouver ses propres mécanismes. Surtout, ne pas se culpabiliser en se comparant aux autres. « Essayer et voir ce qui fonctionne bien selon notre rythme, apprendre à se connaître, apprendre à exister seul ». La course au yoga quotidien, à la lecture frénétique d’essais ou à l’apprentissage d’une nouvelle langue n’est pas la recette miracle. 

Mais si le mal-être persiste, s’il est régulier, intense et que les maux s’installent, il est important de se tourner vers un professionnel. Chaque détresse est légitime et il n’y a pas une seule bonne raison pour consulter un psychologue. Au psychologue de conclure : « La norme n’existe pas, on consulte quand on sent qu’on en a besoin ».

 

Les contacts utiles :

> Le réseau de psychologues et psychiatres universitaires

> SOS Amitié 

Service d’écoute destiné à accueillir la parole de celles et ceux qui, à un moment de leur vie, traversent une période difficile.

> Fil Santé Jeunes 

Répond à vos questions, tous les jours, de 9h à 23h

0 800 235 236

Rédactrice: Berfin Topal 

Crédit photo: Bennett Tobias